À Hanoi, le chant des aveugles et son ange gardien
Mettre à jour: 02 Juillet 2012
Pour le compositeur-musicien Thao Giang, directeur adjoint du Centre de développement des arts musicaux du Vietnam, le hat xâm (chant des aveugles) est non seulement un art mais aussi une partie de l'âme du Vietnam, de Hanoi en particulier.

Avec le développement de différents types de musique moderne, la musique traditionnelle semble perdre du terrain. Animé de sa passion pour le hat xâm et d’un fort désir de restaurer des airs de ce chant, depuis des années, le compositeur-musicien Thao Giang n’a cessé d’étudier cet art vocal, de collecter des airs et de le transmettre à la jeune génération.

 

Originaire du district de Thanh Oai, Hanoi, le compositeur Thao Giang a confié qu’il prenait souvent autrefois le tramway pour aller à l’école, et que c’est là qu’il entendait les chanteurs de hat xâm. C’est à l'Académie de musique du Vietnam qu’il a approfondi ses connaissances sur cet art.

 

Selon la légende, il y a plus de 700 ans, sous le règne du roi Trân Nhân Tông (1279-1293), le prince héritier Trân Quôc Dinh, rendu aveugle par son propre frère Trân Quôc Toan, à cause du trône, fut emmené par celui-ci dans une forêt profonde, pour servir de proie à des fauves. Comblé de malheur, il ne cessa de se lamenter de son sort tragique. Ému par ses pleurs déchirants, le Bouddha apparut et lui apprit des airs forts touchants, capables d'attendrir les cœurs les plus durs. Sauvé, ce prince aveugle refusa de revenir au palais pour passer le reste de sa vie à apprendre à ses consorts cet art musical, qui, au fil du temps, devint le gagne-pain des malvoyants. Et d'où le mot hat xâm (chant des aveugles).


Techniquement, le hat xâm relève du genre folklorique, dont les phrases mélodiques sont constituées sur le pied de 6-8. Les chansonniers ne sont pas des mendiants, il s'agit de véritables artistes ambulants. À partir de la moitié du XXe siècle, chaque groupe de hat xâm dispose généralement d'un chef. Il s'agit d'un véritable métier. Les artistes jouent de la musique et chantent, les spectateurs les écoutent et les rémunèrent. Pour ainsi dire, la société considère le hat xâm comme une profession, mais une profession si pénible.


Voyant que le hat xâm tombait dans l’oubli, Thao Giang a commencé à collecter les airs. En 2005, il a fondé, avec le professeur Pham Minh Khang le Centre de développement des arts musicaux du Vietnam, dont les trois objectifs principaux sont : collecte-recherche, enseignement-formation et représentation.


Thao Giang a formé un contingent de jeunes artistes, dont beaucoup venant du Conservatoire de musique de Hanoi et du Collège des arts et de la culture de Hanoi. Il a puisé dans ses propres deniers pour aller dans les localités rencontrer les derniers chanteurs. Chaque samedi soir, certains d’entre eux suivent leur maître Thao Giang au marché Dông Xuân, au coeur de Hanoi, pour interpréter du hat xâm en public et promouvoir cet air original du pays.

AVI